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Amour Courtois

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Carte de l'Amour Courtois

Via Petrarca

Fontaine-de-Vaucluse — Arquà Petrarca

~1 000 km de marche
France · Italie deux pays
XIVe s. d'histoire

La Via Petrarca est un pèlerinage littéraire de près de mille kilomètres reliant la source de la Sorgue à Fontaine-de-Vaucluse — retraite provençale de Francesco Petrarca — à la tombe du poète à Arquà Petrarca, dans les Colli Euganei en Vénétie, où il mourut le 19 juillet 1374.

Le chemin traverse des paysages contrastés : le Luberon et la Haute-Provence, les cols du Mercantour, les Apennins ligures, puis la plaine du Pô avant de remonter vers les collines euganiennes. C'est le voyage inverse de celui que Pétrarque fit toute sa vie entre la Provence et l'Italie — de la langue de Laure à la langue de Dante.

« Erano i capei d'oro a l'aura sparsi / che 'n mille dolci nodi gli avolgea »
Ses cheveux d'or épars au vent / que mille doux nœuds enlaçaient — Canzoniere, XC
Itinéraire
Fontaine-de-Vaucluse — La Sorgue
Départ au pied de la falaise où jaillit la Sorgue. C'est ici que Pétrarque s'installa à partir de 1337, cherchant la solitude pour écrire ses rime sparse. La source vauclusienne, l'une des plus puissantes d'Europe, est la métaphore vivante de son amour pour Laure.
2
Luberon
Le massif du Luberon et ses villages perchés — Gordes, Bonnieux, Lacoste — offrent les premiers cols et les premières vues sur la Méditerranée lointaine. Garrigues de thym et de romarin, lumière de haute Provence.
3
Haute-Provence
Traversée des Alpes de Haute-Provence vers Sisteron. Les paysages de lavande, de roche blanche et de rivières encaissées constituent le cœur de la Provence intérieure que Pétrarque sillonnait dans ses déplacements entre Avignon et l'Italie.
4
Mercantour
Passage alpin par le parc du Mercantour. Les hautes vallées de la Tinée et de la Vésubie mènent vers les cols frontaliers. C'est la frontière entre deux mondes linguistiques et poétiques : l'oc et l'italien.
5
Apennins
Descente vers la Ligurie puis remontée des Apennins. Ces collines boisées séparent la côte méditerranéenne de la plaine padane. Pétrarque les traversa de nombreuses fois lors de ses missions diplomatiques au service des Visconti et des Este.
6
Plaine du Pô
La grande plaine padane — Milan, Pavie, Ferrare — fut le théâtre des dernières décennies de Pétrarque. Il y fréquenta les cours seigneuriales et y acheva son Canzoniere, remanié jusqu'à ses derniers jours.
Arquà Petrarca — Colli Euganei
Arrivée au village des Colli Euganei, en Vénétie, où Pétrarque passa ses dernières années et mourut le 19 juillet 1374. Son sarcophage de marbre rouge est conservé sur la place centrale du village. C'est l'aboutissement du pèlerinage — la tombe du père de l'humanisme et de la poésie lyrique européenne.
XIe — XIVe siècle

La
Fin'amor

Des cours occitanes à la naissance de l'amour romantique en Occident

~1 av. J.-C.
Ars amatoria
Ovide
~900
Kitâb az-Zahra
Ibn Dawud al-Isfahani
~1100
Guillaume IX
Premier troubadour
1152
Aliénor d'Aquitaine
Diffusion en Europe
~1165
Bernart de Ventadorn
Apogée du troubadourisme
~1350
Chansonnier
Pétrarque
1544
Délie
Maurice Scève
1552
Les Amours
Ronsard

« Amour courtois » est une invention du XIXe siècle. C'est Gaston Paris qui forge l'expression en 1883 pour désigner ce que les poètes médiévaux nommaient fin'amor — l'amour parfait, l'amour affiné, porté à sa plus haute expression.

La fin'amor naît dans les cours seigneuriales du Midi de la France, au tournant des XIe et XIIe siècles. Son premier représentant connu est Guillaume IX d'Aquitaine (1071–1126), duc de Poitiers, dont les onze chansons oscillent entre grivoiserie et célébration d'un amour sublimé. En deux siècles, cette poésie allait transformer la conception occidentale du sentiment amoureux.

Michel Zink, dans Les Troubadours : une histoire poétique, rappelle que la fin'amor n'est pas un simple idéal abstrait : c'est une pratique sociale, une éthique du comportement, une façon d'être au monde que l'on cultive comme un art.

"De joi sa flors / e de colors / sobresmirables"
De joie sa fleur / et de couleurs / admirables entre toutes
Guillaume IX d'Aquitaine — Voir le profil
01

Les origines

Les troubadours n'inventent pas ex nihilo. Ils héritent d'une double tradition : antique et arabo-andalouse.

Ovide est omniprésent dans la culture médiévale. Son Ars amatoria — traité des stratégies de séduction — circulait dans les écoles cathédrales. Les élégiaques latins, Tibulle et Properce, avaient chanté dès le Ier siècle le servitium amoris — l'esclavage consenti devant une femme inaccessible — qui préfigure directement la posture du troubadour. Sappho, connue via des fragments et des compilations byzantines, incarnait le modèle antique de la poétesse inspirée par l'amour.

À quelques centaines de kilomètres au sud des cours occitanes, une autre poésie d'amour florissait depuis deux siècles. Ibn Hazm (994–1064), dans son Collier de la colombe, décrit un amour qui ennoblit l'âme, exige le secret et place l'être aimé sur un piédestal. Les formes poétiques andalouses — muwashshaha et zajal — présentent des similitudes troublantes avec les premières chansons troubadouresques. Guillaume IX d'Aquitaine avait lui-même guerroyé en Espagne lors de la Reconquista.

La thèse de Menocal

María Rosa Menocal, dans The Arabic Role in Medieval Literary History (1987), plaide pour une transmission culturelle directe via les contacts entre cours chrétiennes et musulmanes d'Espagne. La thèse reste débattue, mais les coïncidences thématiques — secret, ennoblissement, service amoureux — sont difficilement fortuittes.

Le débat reste ouvert

Ni influence arabe exclusive, ni invention ex nihilo : la fin'amor naît d'une confluence de traditions que les cours occitanes synthétisent en quelque chose de radicalement nouveau.

02

Portrait d'un amour fin

La fin'amor se définit d'abord par ce qu'elle n'est pas : elle s'oppose à la fol amor — la passion aveugle, l'amour possessif, la satisfaction immédiate. Là où la folle amour détruit, la fine amour construit.

Au cœur du système : une tension fondamentale. L'amant — l'amaire — aime une dame (domna) le plus souvent mariée à un autre, élevée au rang d'absolu. Cet amour est secret, douloureux, difficile. Mais c'est précisément cette difficulté qui l'ennoblit et lui donne son prix. Le troubadour se fait le serviteur de sa dame — midons, « mon seigneur » — dans une inversion délibérée de la hiérarchie féodale.

Les genres poétiques qui l'expriment sont codifiés avec précision : la canso (chanson d'amour), l'alba (chant de l'aube séparant les amants après la nuit), la pastorela (rencontre entre chevalier et bergère), la tenson (débat poétique entre deux voix), le planh (complainte funèbre). Chaque forme explore une facette différente de l'expérience amoureuse.

Georges Duby, dans Dames du XIIe siècle, analyse la fin'amor comme une pratique sociale réelle dans les cours seigneuriales : un jeu ritualisé qui régule les désirs et les tensions entre chevaliers sans terres et femmes de haute noblesse.

Le dieu Amour dans l'iconographie médiévale

Le dieu Amour couronnant les amants — enluminure médiévale

03

Les codes courtois

Domna / Midons
La dame, élevée au rang d'absolu. Le poète la nomme midons — « mon seigneur » au masculin — inversant délibérément la hiérarchie féodale.
Senhal
Le pseudonyme poétique. Le troubadour désigne sa dame sous un nom-code pour la protéger des lauzengiers — espions et médisants de la cour.
Joi
L'exaltation que procure l'amour, même non partagé. Le joi peut naître du seul fait d'aimer — la souffrance elle-même devient précieuse.
Mezura
La mesure, la retenue. L'amant courtois se distingue par sa capacité à maîtriser son désir et à ne jamais se conduire indignement.
Melhorament
L'amélioration de soi par l'amour. Aimer véritablement rend meilleur : plus généreux, plus courageux, plus raffiné.
Pretz e valor
La valeur et le mérite. Seul l'amour véritable, fondé sur les qualités de l'âme, peut prétendre à la fin'amor.
"Can vei la lauzeta mover / de joi sas alas contral rai / que s'oblid' e·s laissa cazer / per la doussor c'al cor li vai"
Quand je vois l'alouette mouvoir / ses ailes de joie contre le rayon / qui s'oublie et se laisse tomber / pour la douceur qui au cœur lui va

Bernart de Ventadorn — Voir le profil
◆

Les épreuves — l'assag

La fin'amor n'est pas qu'un idéal poétique : elle se manifeste dans des pratiques concrètes qui éprouvent la valeur de l'amant. Le vocabulaire occitan dispose du mot pretz — la valeur, le mérite — que seule l'épreuve surmontée peut conférer.

La plus étonnante de ces pratiques est l'assag (en occitan : l'essai, l'épreuve). Attesté dans les vidas de troubadours et théorisé dans le traité d'André le Chapelain (De amore, v. 1185), l'assag consiste à passer la nuit avec la dame aimée — nus l'un contre l'autre — sans aller jusqu'à l'union charnelle. C'est une épreuve de maîtrise absolue du désir : le triomphe de la mezura sur la pulsion. Échouer à l'assag, c'est se révéler indigne de l'amour fin.

D'autres épreuves scandent la relation courtoise. L'amant doit pratiquer le celar — le cèlement — et feindre publiquement l'indifférence envers sa dame pour la protéger des lauzengiers, les médisants de cour. Il endure les longues séparations, le silence imposé, les refus répétés sans jamais faillir ni perdre sa dignité. Chaque obstacle surmonté prouve que son amour est fin — parfait — et non fol — fou et destructeur.

André le Chapelain

Dans son De amore (v. 1185), André le Chapelain codifie l'amour courtois avec une précision quasi-juridique. Il formule 31 « règles de l'amour » : « L'amour véritable ne cède jamais à la jalousie », « L'amour ne peut exister entre époux ». L'ouvrage révèle la fin'amor comme art conscient, non comme sentiment spontané.

L'assag dans les vidas

Plusieurs vidas (biographies de troubadours) évoquent l'assag comme pratique réelle. Le gilos — le mari jaloux — en est la figure antagoniste par excellence : c'est son regard qui rend l'épreuve nécessaire et la transgression impensable.

04

La diffusion européenne

À partir du milieu du XIIe siècle, la poésie courtoise franchit la Loire et envahit l'Europe. Ce mouvement doit beaucoup aux femmes de l'aristocratie — Aliénor d'Aquitaine, ses filles Marie de Champagne et Aélis de Blois — qui déplacent la culture occitane vers le nord et l'est.

Dans le Nord de la France, les trouvères adaptent l'héritage occitan à la langue d'oïl. Gace Brulé, Blondel de Nesle, Conon de Béthune, puis Thibaut de Champagne — roi de Navarre et poète à la fois — portent la tradition à sa perfection nordique.

En Allemagne, les Minnesänger (chantres du Minne, l'amour) reprennent les thèmes courtois dans un contexte germanique. Walther von der Vogelweide (v. 1170–1230) est le plus illustre, portant le genre à une complexité et une profondeur nouvelles. Dans la péninsule ibérique, les cantigas de amor galiciennes-portugaises témoignent d'une assimilation créatrice, doublée de cantigas de amigo — poèmes écrits à la voix d'une femme.

Occitanie
Troubadours
Langue d'oc
~1100 – 1350
France du Nord
Trouvères
Langue d'oïl
~1150 – 1300
Empire germanique
Minnesänger
Moyen haut-allemand
~1170 – 1320
Péninsule ibérique
Trovadores
Galicien-portugais
~1200 – 1350
Italie du Centre-Nord
Dolce Stil Novo
Toscan / Bolonais
~1270 – 1310

En Italie du Nord, dans les décennies 1270–1300, un groupe de poètes florentins et bolonais — Guido Guinizzelli, Guido Cavalcanti, le jeune Dante Alighieri — pousse la spiritualisation de l'amour à son extrême. Le dolce stil novo (doux nouveau style) fait de la dame une figure angélique : sa beauté est une manifestation divine qui élève l'âme vers Dieu. La domna des troubadours devient donna angelicata.

05

L'héritage — Dante et Pétrarque

1265 — 1321
Dante
Alighieri
Florence, Toscane
Grand héritier et grand transformateur de la tradition troubadouresque. Dans la Vita Nuova (1293), il élève Béatrice — rencontrée enfant, morte jeune — au rang d'intermédiaire spirituelle entre lui et Dieu. Dans la Divine Comédie, il rend hommage au troubadour Arnaut Daniel en lui accordant l'honneur de s'exprimer en occitan dans le Purgatoire — geste de mémoire littéraire saisissant. « Ieu sui Arnaut, que plor e vau cantan » — « Je suis Arnaut, qui pleure et vais en chantant ».
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1304 — 1374
Francesco
Pétrarque
Arezzo / Avignon
Son Canzoniere — 366 pièces autour de Laure, rencontrée en 1327 à Avignon, morte de la Peste noire en 1348 — radicalise la figure de la dame inaccessible. Laure est aimée mais jamais possédée ; elle meurt et devient plus présente encore. Le Canzoniere hérite directement de la domna des troubadours et devient le modèle de la lyrique européenne pour deux siècles. De Shakespeare à Ronsard, de Du Bellay à Sidney, la fin'amor se perpétue sous le nom de pétrarquisme.
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Aujourd'hui encore, notre conception de l'amour porte la marque de cette révolution médiévale. L'idée que l'amour ennoblit, qu'il peut transcender la possession, qu'il vaut la peine même sans retour — tout cela nous vient des cours occitanes du XIIe siècle. Denis de Rougemont, dans L'Amour et l'Occident (1939), a été le premier à mesurer l'ampleur de cet héritage : nous sommes, qu'on le sache ou non, les enfants des troubadours.

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Grandes figures

Premier troubadour
Guillaume IX d'Aquitaine
Troubadour
Bernart de Ventadorn
Trobairitz
Béatrice de Die
Troubadour
Arnaut Daniel
Trouveresse
Marie de France
Poète toscan
Pétrarque
Poète toscan
Dante Alighieri
Trobairitz
Azalaïs de Porcairagues
Trobairitz
Beatritz de Romans
Trouvère
Gace Brulé
Sources & références
  • Michel Zink, Les Troubadours : une histoire poétique, Perrin, 2013
  • Georges Duby, Dames du XIIe siècle, Gallimard, 1995
  • Pierre Bec, Chants d'amour des femmes-troubadours, Stock, 1995
  • Denis de Rougemont, L'Amour et l'Occident, Plon, 1939
  • María Rosa Menocal, The Arabic Role in Medieval Literary History, University of Pennsylvania Press, 1987
  • Linda Paterson, The World of the Troubadours, Cambridge University Press, 1993
  • Simon Gaunt & Sarah Kay (dir.), The Troubadours : An Introduction, Cambridge University Press, 1999